Paris. ERTI. 1985. 192 pages
Pas de phénomènes isolés ni d'actes gratuits dans le processus du développement des sociétés humaines ; les changements peuvent être brusques ou violents,êtir un caractère de spontanéité mais les faits auxquels ils donnent naissance ne relèvent point du hasard car, dans la vie, tout se tient comme dans un corps humain.
Cette vérité dialectique est universelle, et, c'est sur elle que se fondèrent les sociologues américains pour conclure que le règne de Sékou Touré fut terminé en 1964, après la proclamation de sa fameuse loi-cadre du 8 novembre !
Les mêmes sociologues affirmèrent l'existence, à partir de cette époque, d'une véritable course pour la succession de Sékou Touré. Cependant, étant donné la force du parti démocratique de Guinée et la toute puissance de son leader, tous les candidats potentiels à la Présidence de la République se tinrent tranquilles, mais n'échappèrent point pour autant, car, froidement, Sékou les liquida tous, un à un, en les accusant de complots.
Libre de tous côtés, Sékou Touré régna en maître absolu, n'ayant aucun souci de l'avenir, ne prenant aucune disposition pour la vacance du pouvoir, dont il ne rêva jamais jusqu'à quelques mois de sa mort.
Il voulut alors en vain laisser le pouvoir à son fils, mais ne déploya à cette fin aucune énergie digne du grand Sékou, politicien opportuniste. Il savait parfaitement que tous ses compagnons, du parti et du gouvernement, étaient, dans leur totalité absolue, incapables de le remplacer même pour quelques semaines, car il ne s'était, en définitive entouré que de cadres béni-oui-oui, incapables de décision, fourbes et cupides.
C'est cette salade européano-asiatique que Sékou Touré laissa au peuple de Guinée en mourant le 26 mars 1984.
Membres du B.P.N. (Bureau Politique National) du Parti Démocratique de Guinée, membres du Comité Central et du Gouvernement, parents, alliés du clan des Touré, épouse et enfant du président défunt, se livrèrent une guerre terrible pour la succession du « grand leader ».
« Comment peut-on concevoir et admettre un Forestier comme président de la République, donc chef des Malinkés ? C'est le « responsable suprême de la Révolution » qui avait fait de toi, mangeur de singe, ce que tu es. Maintenant qu'il ne vit plus, contente-toi du coup de pied que nous allons te donner te renvoyant définitivement dans tes arbres, y vivre avec les chimpanzés ». Signé Ismaël Touré, demi-frère de Sékou Touré, propos injurieux qu'il adressa au Premier ministre Béavogui Lansana, désigné par ses camarades dans les fonctions de président de la République, chargé de liquider les affaires courantes.
« En vérité, si vous êtes incapables de vous entendre, je vous demande alors de me laisser prendre ête. Je pourrais conserver sans tache le pouvoir jusqu'à expiration des 40 jours de deuil, pour le léguer à Mohamed, le plus méritant de vous tous, car, il s'agit d'un héritage laissé par son père ». C'est la proposition-conseil que fit Madame Andrée Touré, épouse éplorée, veuve d'Ahmed Sékou Touré.
Cris, injures, menaces de toutes sortes, coups de main (de source sûre), animèrent et troublèrent l'atmosphère des multiples réunions de la direction nationale du Parti dès le lendemain de la mort du tyran.
Pendant ce temps, le peuple, soucieux de son propre sort après trente ans de dictature d'un parti, dirigé par un dictateur, malheureusement soutenu et encouragé par sa famille et sa tribu, ce peuple martyr de Guinée, prit ses responsabilités historiques en désignant un de ses fils comme successeur du président défunt.
« Le pouvoir au Colonel Lansana Conté ! Conté ! Conté ! Conté ! ».
A l'unisson, le peuple de Guinée a exprimé ce vœu venant directement du cœur. Conté ! Conté !
Partout, dans les garnisons militaires, dans les écoles, dans les marchés, dans les rues, de tous les lieux de rassemblements populaires, un seul nom sur toutes les lèvres : Conté ! Conté !.
Le peuple imposa ainsi le président Lansana Conté en l'obligeant à prendre le pouvoir le 3 avril 1984.
voilà quelques têtes de chapitres qui seront traitées dans le livre deuxième, car, tous ces faits relèvent désormais de l'histoire, de l'histoire récente bien entendu, mais de l'histoire quand même ! ! !
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La Guinée du 3 avril 1984 a donné une leçon de sagesse à toute l'Afrique. En effet, que les forces armées prennent le pouvoir avec le « chapelet, s'installent sur une peau de prière, tiennent un langage d'imam prêchant un vendredi saint à la grande mosquée du prophète Mahomet, résolvent ou tentent de résoudre tous les problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels de la nation par la raison et non par la passion », tout cela a agréablement surpris les observateurs des six continents (n'oubliez pas que Boiro était le 6e continent, même musée, il le demeure quand même).
Aucune société ne peut vivre en paix, en fraternité, en amitié en solidarité si la compréhension n'existe pas entre les éléments qui la constituent. Et cette concorde fraternelle ne s'obtient qu'entre des personnes animées d'un même idéal, de sentiments ou d'objectifs communs, que doit sous-tendre une courageuse, efficace et déterminante action. La société guinéenne, ébranlée dans toutes ses structures le 3 avril 1984 subit une dangereuse mutation dont elle traverse actuellement la phase la plus délicate : la période transitoire.
C'est ainsi que le 26 mars 1985, date anniversaire de la mort de Sékou Touré
un groupe de jeunes gens manifesteront leur fidélité à « l'homme du 28 septembre », les étudiants de l'Institut Polytechnique de Conakry tenteront une grève estudiantine de revendication alimentaire quelques mois seulement après l'avènement du Comité Militaire de Redressement National ; les élèves-gendarmes se rebelleront dans leur caserne de Sonfonia ; des « Pédégéistes » tolérés se permettront d'aller se recueillir sur la tombe de Sékou Touré, ce tyran dont les restes mortels ne devraient plus aujourd'hui reposer au Mausolée national ; le Comité Militaire de Redressement National libérera sans les avoir jugés trente des personnes arrêtées après la mort de Sékou Touré ; un de ces illustres libérés, ancien Ministre, Béhanzin du Bénin, dira au cours d'une conférence de presse dans une ville africaine « et la lutte continue ».
Cette expression, qui semble un mot d'ordre retenu par certain groupe, s'entend dans plusieurs salons de la capitale Conakry. La jeunesse de Conakry saccagera le Stade du 28 Septembre, les auto-bus du service TUC, ainsi que les locaux avoisinants, à l'occasion de la visite de l'artiste Alpha Blondy, l'ami des enfants, l'idole des jeunes, qui n'a pas pu donner sa soirée tant attendue à cause de la pluie, alors que les billets étaient déjà vendus, etc.
Mais l'événement politique qui a le plus retenu l'attention des observateurs, est, sans nul doute le « trop tôt prize giving » (distribution des prix), qu'une certaine organisation a fait en décernant au président du CMRN le prix de la liberté et de la justice. Je ne veux point douter de la bonne foi des donneurs de prix, mais je crois avoir le droit de comprendre un acte et de l'apprécier selon mon humble entendement. Sachant donc la force organisationnelle du régime sékoutouréen, qui était fondé sur la corruption, le mensonge, la délation, la terreur et le crime, sachant qu'avoir en prison un Siaka Touré, un Ismaël Touré, un Mohamed Touré, « prince héritier », un Moussa Diakité et tant d'autres, et, avoir dans son « dos », là-bas, très loin, au pays de « l'argent et de la liberté », un N'Fally Sangaré, à l'intérieur de la Guinée, en « liberté excessive », un Mouctar Diallo, un Toumamy Sangaré, un Diao Baldé, tous anciens membres du Bureau Politique National du Parti Démocratique de Guinée (P.D.G.) et dire qu'on est sans crainte, c'est minimiser le danger qu'on gère. C
es éminents prisonniers ou anciens « retenus à Kindia » ne font-ils pas partie des mafias de drogues dans le monde ? N'avait-on pas découvert au domicile de Siaka Touré, bourreau de « l'Itinéraire ensanglanté », des tonnes de drogue, à son arrestation après la mort de Sékou Touré ? Madame Monique Goubet, excusez-moi, mais si vous voulez bien aider la Guinée et les autres pays aussi, donnez, livrez au moins la moitié de ce que vous savez sur ce chapitre de l'introduction et de la vente des drogues en Guinée.
Mais ces dignitaires n'étaient pas seulement que des « drogueurs » de nos peuples, pour le savoir interrogez les Francs-maçons, ces hommes qui dirigent la plupart des « intelligences et consciences » universelles ! Capables de renverser les montagnes les plus hautes, ces matières grises, solidaires, organisées, solidement structurées, actives, secrètes, étendues et flexibles, comptent en leur sein, les plus grands de la terre. Sékou Touré, un des chefs de la Loge ouest-africaine est mort, mais les autres membres sont, demeurent et, semblent, plus qu'hier, actifs et déterminés à venger leur chef dont l'histoire, ce juge impartial, vient de ternir pour toujours la mémoire.
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