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Un matin — trois semaines environ se sont écoulées — on vient tous nous chercher les uns après les autres et on nous rassemble à un endroit bien précis de la cour. Je suis vêtu d'un short et d'une veste. On me met dans les mains une ardoise portant les mots : “Adolf Marx”. On me demande si mon nom est écrit correctement. Puis, une fois de plus, on me demande des renseignements sur mon identité pour le fichier de la prison, et un des gardiens les écrit d'une main malhabile. Nombre d'entre eux sont analphabètes, comme d'ailleurs 80 % de la population. L'un des gardiens assume le rôle de photographe et fait une photo de chacun d'entre nous. J'essaie de ne pas regarder le photographe en face et d'exprimer mon mépris. Plus tard, je retrouverai cette photo dans le Livre Blanc du gouvernement guinéen qui relate en détail l'attaque des Guinéens exilés et des Portugais contre la Guinée et dont les dernières pages reproduisent la photo de tous les prisonniers politiques. Certains d'entre nous sont photographiés avec leurs liens autour des mains et du cou, ceci pour montrer combien ils sont dangereux. Celui qui remue les bras resserre par là-même les noeuds de la corde qu'il a autour du cou.
Après cette séance-photo, il ne se passe rien qui modifie ma captivité. Des semaines s'écoulent, les jours se ressemblent tous. Pendant mes nuits blanches, je ne cesse de me demander combien de temps devrai-je encore rester dans cette cage, dans des conditions indignes d'un être humain ? Aucun jugement n'a suivi mes “aveux”, aussi je ne sais pas combien de temps je vais encore moisir dans ce cachot. Un criminel dont on a prononcé le jugement peut soustraire chaque jour qui passe de sa peine totale et a, de plus, l'espoir qu'une partie de cette peine lui sera remise s'il se conduit bien. Cela ne m'est pas accordé. Plus je réfléchis, plus ma situation me para&icir;t désespérée.
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